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 Cirrus Minor 2.0 (Sasha)

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“ Invité ”
Invité
Posté le Mar 30 Jan - 0:17

Mais oui Seth, tu sais.
Tu sais bien que quelqu'un est mort ici.

(Mais j'vais me gêner, tiens)

Il a pas souvent peur, Seth. Pas parce que rien ne l'effraye ; mais parce qu'il est un peu trop paisible pour sentir que ça va plus, que ça s'effondre ou que ça commence à craindre. Qu'il faudrait s'inquiéter. Une sorte de quiétude, latitude, anesthésie qu'est-ce qu'on en sait. Des fois on se dit que c'est son boulot qui lui dévisse un peu les nerfs de la tête, que les méninges ils sont restés sous le capot.

C'est pas facile de comprendre ce qui se passe dans le crâne d'un mécano, ils passent leur temps à faire des puzzles dans le métal rouillé. Et c'est ce que Seth il a fait, avant de se laisser aller du côté de la rivière, petite crête d'eau qui fonce dans le creux des arbres. Il sourit parce que ça lui rappelle une après-midi passée avec un vieux pote. Un mec, la trentaine abordée comme lui, un peu de poils sur le menton, juste assez pour que ça passe pas pour l'homme négligé. Et sans rien dire ils avaient posé leur derrière sur la mare de galets qui borde le dragon d'eau, ont laissé le canyon aqueux suivre son cours pendant que les corps s'acclimataient à la fraicheur matinale.

On est le matin, là aussi. Donc les degrés chauds, ils sont encore sous terre, attendant un signal de l'astre pour se réveiller et faire brûler un peu le sol. Réchauffer les mains qui se frottent et faire disparaitre ces nuages de vapeur que nourrissent les lèvres gercées.

Seth, il faut que tu fasses un feu.

(Une minute,)
(je cherche le bois)

Est-ce qu'on croise des ours dans cette partie du pays ? Peut-être bien. Et ça aussi, ça le ferait rire. Quand il était avec son pote trentenaire, y a pas eu de bête prête à se lever pour intimider puis lancer la salve de griffe, mais y a eu des histoires racontées près du feu aussi. Et ça dit : "Tu sais, ça pardonne pas ces choses-là. Elles te trainent sur le sol par leur gueule pleine de crocs, t'arrachent la peau du cul et t'as plus rien sinon tes doigts pour retenir ton corps de raser la terre. Bordel l'ami, j'te souhaite pas ça." Seth eut un rire. Il paierait cher pour revoir ce type aux histoires fabuleuses. Des histoires qu'il lui arrive de rabâcher aux autres, aux plus jeunes, aux vielles mémés.

Donc oui, quelqu'un est mort ici. Dans cette rivière, peut-être bien. Une fille, il parait. À la télé ça a craché des informations macabres sur une gosse populaire de son école, arrachée à son devoir par le dessein funeste de la mort subite. Puis on l'avait repêchée dans la flaque, le corps flottant à sa surface comme un gant de toilette. Tu parles d'une mort.

... Voilà, ça fait plusieurs minutes qu'il s'est assit sur l'aspérité d'un rocher, et l'eau a déjà commencé à grimper dans le bas de son dos pour dévorer son caleçon et la naissance de son pantalon. Super, et y a toujours pas de feu. Bon. Et si on laissait l'aurore se lever, déjà ? Regarde par-delà la couronne de conifères ; le faisceau lumineux qui transperce le firmament.


Dernière édition par Seth Jaeger le Mer 31 Jan - 9:46, édité 1 fois
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Posté le Mar 30 Jan - 22:02

    C’est comme si le jour naissant venait murmurer des poésies au monde tout autour. Le vent s’engouffre dans les branches des arbres presque nus, l’herbe se froisse à l’éveil de cette population nocturne qui vient l’effleurer du bout des pieds. La ville un peu plus loin brille de milles lumières, et on entend parfois le bruit des voitures qui sillonnent les ruelles tortueuses. La ville cesse parfois de respirer quand tombe la nuit, étouffée par le souvenir douloureux d’un avenir incertain. Et puis au matin, chacun fait comme si la vie avait toujours été ainsi, une suite d’événements quotidiens et routiniers qui rassurent et évitent de trop penser. La ville peint des couleurs.

    Et puis au milieu des arbres, y a Sasha. Ce matin là il ne fait pas encore complètement jour quand Sasha jolie fleur vient déplacer son ombre si près de l’eau de Creek-River. Ça bouillonne dans sa tête presque autant que ça raisonne dans son cœur. Elle avance comme si elle avait déjà fait le chemin cent fois au par avant. Faut dire qu’elle l’a sûrement déjà fait trop de fois pour compter. Elle va comme si elle connaissait par cœur, elle marche comme si elle était chez elle, enfant des bois. Elle avance au bord de la rivière, remontant le dessin de ses flancs dans les pas invisible d’une mère qui venait ici autrefois.
    Elle se rappelle Sasha, de son rire et l’écho de ses murmures au travers des sapins.
    Elle se rappelle sa silhouette allant entre les troncs démesurément grands.
    Elle se rappelle ses pieds nus et la fraîcheur des doigts qu’elle venait déposer sur ses joues.
    Elle se rappelle parfois, et puis quand la nuit tombe, les souvenirs deviennent des images qu’on a du mal a dessiner.
    Alors Sasha disparaît, Sasha s’aventure là où lui paraît demeurer encore endormie la douceur éphémère de ces deux yeux bleus immenses qui l’aimait du bout des lèvres.

    Ce matin là, alors qu’il est trop tôt pour que les gens se lèvent, trop tôt pour que les gens s’aventurent dehors, Sasha du haut de son corps d’enfant remonte le souvenir d’une mère qu’elle s’efforce de ne pas oublier, de peur de s’oublier elle même.
    Elle a oublié la fille morte un peu plus loin. L’amie d’Allison. Ils en ont parlé un dimanche midi alors qu’ils déjeunaient chez son oncle et sa tante. Elle s’en rappelle Sasha, parce que son père s’est levé de table en soupirant sans rien dire. Faut dire que son père parle jamais beaucoup, surtout depuis le décès de sa femme. Il a ce regard parfois triste et pourtant empli d’un courage immense. Il était son héro d’enfant. Secrètement, il reste encore cet homme qu’elle observe de loin quand il s’endort devant la télévision, une bière à peine entamée entre ses doigts abîmés. Il est cette drôle de sagesse qu’on ne voit plus. Mais Sasha voit. Sans lui dire.

    Alors son sac sur le dos, Sasha grimpe, fait glisser ses pieds sur les rochers, se faufile entre les buissons de ronces. Elle arrivera suffisamment tôt au lycée pour y entrer dans être vu. Faut dire qu’elle n’aime pas forcément les regards qu’on lui lance parfois. Parce qu’elle est légère Sasha. Légère et légèrement différente. Drôle d’animal, enfant fleur qui au bord de la rivière vient mettre fin à la danse de ses pas.

    Silencieuse, proie à l’affût du prédateur qui se dessine si proche.
    Il est bruyant. Suffisamment pour qu’elle se tienne immobile.

    Arrêtée au bord de la rivière, les pieds au bord de la rive, Sasha c’est ses yeux immenses qu’elle pose alors sur cet homme qu’elle ne reconnaît pas. La ville n’est pas grande, elle l’aurait vu avant. La ville est de celles qui parlent et qui font courir les rumeurs les plus folles. Cet homme ne devrait pas être là, cet homme n’existe peut être même pas. Il est sur son chemin pour rejoindre le lycée de la ville. Elle a le coeur qui bat Sasha, tellement fort qu’il pourrait se décrocher de sa poitrine. Pas parce qu’elle a peur, non. Parce que Sasha elle a cette légèreté dans le regard qui vous murmure que tout va bien, tout le temps. Sasha elle a le coeur qui bat parce qu’il la regarde lui aussi.
    Et Sasha ne sait pas regarder les gens.
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“ Invité ”
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Posté le Mer 31 Jan - 9:43

(Je ne rêve pas, c'est bien la bruine qui s'amoncèle au-dessus de moi ?)

Eh oui Seth : Là-haut la voûte céleste commence à pleurer sur les têtes. Pas la tienne, t'as une casquette... Mais prends garde au courant. La vérité, c'est que depuis le début, il avait pas l'intention de faire du feu. Il accepterait volontiers la chaleur dans un bébé brasier, mais jamais il contredirait la volonté de Mère Nature. "Ne cherche pas trop à la combattre si tu sais qu'elle va gagner." Sa première épouse et sa dernière femme. Si on lui a appris un truc important dans sa jeunesse, c'est le respect du Elle. Plier le genou quand le timbre de voix féminin s'incarne quelque part.

Alors oui c'est pour ça qu'il n'a pas bougé son derrière des galets humides depuis tantôt. Un plafond gris se déploie dans l'air, signe que la journée va être couronnée sous le signe de la pluie. Ou peut-être juste le matin ? Le clapotis du torrent tranquille continue de cracher sur la rive, un peu sur lui, aussi. Mais il est bien couvert, t'inquiète pas. Seth il a connu pire. Il a connu les mêmes vêtements pendant des semaines quand il pouvait pas faire autrement et que la route lui permettait pas de s'arrêter. Il a serré sa ceinture beaucoup de jours à la suite quand le jeûne s'est installé dans son estomac. La tempête l'a pas arrêté, il gardait le pouce levé en fixant l’horizon. Les routiers de passage ignoraient la force qui maintenait un gars pareil en vie.

Faut faire ça depuis qu'on est né pour réussir à s'abandonner autant aux caprices d'une nature violente et parfois cruelle, en se disant c'est normal. Ce qui pousse à traverser autant de merdes sans rechigner, c'est la beauté qu'on croise sur le chemin. Tout nous parait beau quand on laisse tomber le confort matériel.

Il sait très bien qu'il y a quelqu'un caché dans son dos.
Mais il fait mine de rien. Le bruit dans les broussailles ça trompe pas. La neige elle craque et trahit tous ceux qui foulent son tapis par mégarde. (J'te l'avais dit, on bafoue pas Mère Nature comme ça) Au lieu de ça, il dégaine une sucette à cancer de sa poche et provoque la flammèche à son bout pour enclencher la sensation éclair dans les poumons. Sa main fait paravent pour éviter que le mistral n'emporte l'amorce rouge avec lui. Et voilà, une belle volute de fumée. Dans son dos, il se dit que c'est peut-être un ours. L'ours des histoires de son pote. Seth il a envie de s'empêcher de se retourner juste pour voir si c'est vrai.

On se détend. Avec une lenteur frustrante il étire les os endoloris de son corps, fait craquer les vertèbres puis le bas du dos, suivies des épaules qui ondulent pour faire leur détonation du réveil. Est-ce que l'ours est toujours là ? Il parait que quand vous croisez la route d'une bête comme ça, vous ne devez pas la regarder dans les yeux. Ni essayer de fuir. Il ne faut juste pas... bouger. Avec un peu de chance le museau viendra juste renifler votre odeur et puis ça s'en ira comme c'est arrivé. Seth il a pas de guide sur lui. Il aurait pu mourir à moult reprises pour des erreurs de débutant. Mais une étoile appelée Chance a pas laissé la Mort le faucher.

"Shhht, shht. Doucement, petit animal."

Son dos reste immobile, droit. La colonne stable et la casquette qui voile la moitié de son visage. La voix du mécano elle se fait modérée, porte suffisamment pour celui qui tend l'oreille. On pourrait croire qu'il parle seul mais il murmure à l'ombre entre les frondaisons. En attendant le signe de son ours, Seth contemple la barrière de conifères qui laisse échapper l'aurore, puis lentement souffle son nuage de particules blanches. Une autre forme de chaleur.
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Posté le Mer 31 Jan - 11:16

    Regarde-les qu’elle murmurait. Regarde-les Sasha, ces arbres immenses qui se dresse entre l’ici et l’ailleurs. Écoute les Sasha, quand il t’enveloppe dans leur souffle glacé, quand ils te racontent l’histoire des années écoulées. Regarde-les, ils ne parlent pas. C’est beau le silence, écoutent les te parler.

    C’est difficile quand on est enfant, d’entendre les autres répéter combien la mère est différente des autres. Elle est folle ta mère Sasha, parce qu’elle oublie d’aller te chercher à l’école, et elle se met à pleurer dans l’épicerie. Elle est folle ta mère Sasha, parce qu’elle parle toute seule et qu’elle dit qu’elle entends le monde autour. Le monde qu’on n’entend pas. Elle voyait des couleurs, des astres et des sourires. Elle voyait ce qui n’existe pas, et cachée derrière les arbres, elle racontait à Sasha ces histoires de fées et autres dryades. Elle était minuscule Sasha. Elle était minuscule et elle avait cette douceur infinie qui venait allumer des néons de couleurs. Elle racontait des histoires, que Sasha écoutait en silence. Elle les aimait ses histoires, chacune de ces histoires qu’elle dit pourtant aujourd’hui ne pas croire. Drôle d’enfant au regard lointain, qui s’efforce à garder les pieds sur terre pour ne pas s’envoler là où on lui à finalement toujours appris à aller.

    Ce matin là elle a les pieds glacés, mais c’est le fait de s’arrêter qui le rappelle à sa mémoire. Il fait froid parce que c’est l’hiver ou il fait froid parce que les gens ne viennent plus s’aventurer par ici, et que d’une certaine manière, la chaleur du bois s’éteint doucement. Mais Sasha brûle. Sasha brûle de d’innocence, Sasha se consume d’insolence. Elle devrait partir, parce que tout le monde dit savoir qui se cache dans les bois. Tout le monde parle et on raconte l’histoire du loup qui a un jour dévoré Sara. Un loup à la mâchoire carnassière qui ne manquerait pas de la dévorer à son tour. On dit aux enfants de ne plus s’aventurer dans les bois, on demande de ne pas rentrer trop tard. On invente des moyens de se protéger d’une ombre. On cri au loup pour ne pas voir celui qui sommeil déjà dans notre propre poitrine. C’est ce qu’il dit le père de Sasha. Que la meute vit déjà au village et que tout le monde s’en fout. Alors Sasha ne bouge pas. L’homme caché derrière la casquette ne peut être le loup, il ne lui ressemble pas. Si ce n’est cette allure vagabonde que tant d’autres trouveraient suspecte, et cette aura de liberté qui semble envelopper son corps maigre.
    Il pourrait être le loup.
    Fuis Sasha, cours.
    Dans sa poitrine son cœur bat fort, vite à en oublier de respirer.
    Il parle.
    Les loups ne parlent pas.

    Est-ce que c’est elle, l’animal dont il parle ?
    Debout sur son rivage, Sasha elle a cette allure d’oiseau trop maigre, de biche chancelante. C’est ce qu’il lui dit son père, qu’on dirait parfois qu’elle va disparaître si on l’effraie. Mais Sasha ne disparaît pas. Enveloppée dans la brume du matin, elle glisse les mains dans les poches de son blouson. Ne parle pas aux inconnus qu’ils disent. Sa mère elle disait qu’il est des êtres qu’on ne peut laisser s’en aller. Elle est en avance pour l’école, elle partira bientôt. « Vous devez être un bien mauvais chasseur si c’est votre manière de parler aux animaux ».
    Debout sur son rivage, Sasha sourit doucement. Il ressemble à ces gens qu’on croise seulement dans les histoires. Elle ressemble à ceux gens qui vivent dans des villes marqués par les différences, et un jour, le drame. Alors elle redresse sur ses épaules les lanières de son sac à dos. « Vous êtes trempé » qu’elle murmure. Il pourrait être le loup. Mais Sasha ne fais pas attention.
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“ Invité ”
Invité
Posté le Mer 31 Jan - 16:09

Jaeger.
Si on l'avait écrit autrement, ça aurait dit le Chasseur dans sa langue natale. De ceux qui ont la détente facile, habile et rapide. Mais quoiqu'il arrive, on se serait trompé. Trompé parce que Seth c'est jamais que l'observateur. C'est pas lui qui dirigera le canon vers les yeux de la biche.

Il bouge pas, reste statue et se fait penseur de Rodin sur son rocher. L'ours derrière il prend son temps, sniffe les effluves environnantes pour vérifier c'est quoi cette nouvelle odeur débusquée sur les troncs qui marquent son territoire. Et c'est normal. Peut-être qu'il réfléchit, que son instinct lui crie N'y va pas c'est un fou, laisse-le près de sa mare. Jamais on force la nature à quelque chose. On laisse le temps au temps. Tranquille. Respire. (Il y a des poissons dans l'eau) (Tu crois que ça intéressait l'ursidé ?) Avec un peu de concentration tu sentiras ta poitrine se lever sous l'influence oxygénée, et peut-être même que tu entendras le sang qui irrigue dans tes veines. Les petites artères qui traversent la chair jusqu'aux poumons névralgiques. Et là c'est la forêt vitale. Des nervures, les bronches. Au cœur de tout ça, le boum boum des familles. Toute cette rivière dans le corps pulse en synchronisation. Il faut porter en soi un chaos pour réaliser l'amplitude d'un tel corps. Badam badam. C'est un spectacle qu'on devrait prendre plus de temps à savourer, comme quand on découvre l'origine d'un nouveau son. Au début ça parait normal ; c'est qu'après qu'on se rend compte que c'est un vrai truc de dingue.

Lentement le bâtonnet se consume et disparait en miettes dans l'atmosphère. De la cendre qui s'échoue à ses pieds, fond comme de la neige et creuse son petit lit de mort dans la carpette blanche. Quelle idée tu as de fumer sous la pluie, Seth. Heureusement que tu roules toi-même, ça te coûte un peu moins cher quand tu passes à un tabac.

Des pas s'approchent, l'air furtif. C'est vraiment un tout petit animal... qui ne fait pas de bruit. Et l'animal le guide à travers sa voix (c'est que l'ombre d'un murmure, presque inaudible), il lui dit où il se trouve quand il parle de faux traqueur. C'est vrai Jaeger, les fusils tu les as, mais à chaque fois tu fais exprès de les oublier chez toi.

Et parfois un silence ça suffit. Il jette toujours pas l'attention vers l'arrière, Seth. C'est pas qu'il soit insolent ou quoi ; il regardera que quand l'animal sauvage lui aura donné sa permission. Un bon chasseur sait se montrer patient.

Mouillé, qu'elle fait. Et là, à travers son souffle opaque qui chasse l'air ambiant, on peut voir le vagabond se fendre d'un demi-sourire. C'est une fille. L'ours, c'est une fille.
Y a un peu de questions qui se bousculent dans sa tête. Elle fait quoi ici ? C'est que l'aube encore. Et pour la rivière, la rivière rouge qui a vu passer le cadavre, elle sait pas ? Ou bien elle sait, mais elle fait comme lui, à ignorer le savoir. Alors ? Lui, le chasseur ? Non, non il sera pas le tireur. Parce que dans ses poches y a quoi ? Y a que des allumettes pour cramer ses sucettes toxiques, l'addition du bar d'hier soir, deux trois pièces de bronze, et puis des trous, aussi. On traque pas le gibier avec du vent sous les poings. Tu le fais, seulement si tu es sûr de pouvoir l'attraper.

Cigarette entre l'index et le majeur. Est-ce que tu autorises Seth à te regarder dans les yeux, ou il courbe encore l'échine ? Laisse-le rehausser son couvre-chef, il ne te voit pas bien sinon. Voilà, c'est mieux.

"Je n'porte pas d'armes, je n'ai que les mots. La fumée entre mes doigts monte jusqu'au ciel et je parle avant de braquer. J'ai laissé le chien sur le canapé et je m'assois juste à côté du courant. Pas de doute : je suis un piètre chasseur."

Et tu n'es pas un ours.
Il se tait, le temps de reprendre un élan de toxine avant de siffler la combustion au loin. Pendant qu'il observe la réaction (même rien, ça suffit), Seth il détaille un peu plus les traits féminins du visage qu'il vient de rencontrer. La mine évaporée, candide, le regard bleu qui fragmente les soubresauts du matin, des poings gardés dans les cachettes d'une veste noyée par la pluie qui martèle les pierres. C'est clair, le chasseur, il s'attendait pas à recevoir de la visite.

"Raconte-moi où se rend l'animal de si tôt."
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Posté le Mer 31 Jan - 19:38

    Il y a des gouttes de pluie sur la visière de sa casquette. C’est fou la pluie, combien ça peut refléter de lumières à la fois. Celle du matin qui se lève et se dessine en tant de teintes. Celle de l’eau qui ruisselle. Il a se visage qui raconte des histoires, et ces yeux qui vous murmurent toute l’immensité du monde. Sur la visière de sa casquette la pluie encore timide d’un matin ensoleillé vient dessiner le reflet de la rivière contre sa peau tirée. Elle observe ses lèvres quand elles viennent rompre le silence en murmurant des poésies. Il parle bien et surtout il ne parle pas comme les autres. Il dit en la regardant de loin, alors qu’elle sourit du bout des lèvres. Sasha en toile blanche, à la merci d’un peintre-chasseur qui pourra bien y voir ce qu’il veut. L’enfant maladroite, l’adolescente hésitante, ou juste Sasha.Sasha qui depuis la rive vient détourner le regard pour poser un pied puis l’autre sur les rochers qui bordent la rivière. Fais attention que lui aurait murmuré son père en la retenant du bout des doigts. Mais Sasha équilibriste avance, funambule. Elle s’approche du loup, du chasseur.

    Où va tu l’animal ?
    Ou est ce que tu t’en va si tôt Sasha ?

    « Au zoo, je vais rejoindre les autres animaux ». Il est tôt et elle s’en va rejoindre les autres animaux. Ceux qui parlent fort et se déplacent magistrales. Ceux qui tentent de passer inaperçus. Ceux qui grondent, ceux qui paradent. La manège des animaux sauvages réunis dans une boîte close amplifiant leurs caractères les plus marginaux. Et Sasha en équilibre sur son rocher, qui vient mettre les bras à la vertical de son corps, laissant le vent venir s’engouffrer dans les recoins de son manteau. Elle sourit, vraiment. Elle sait qu’il est là pourtant elle ne le voit plus, le chasseur. L’innocente Sasha dont la légèreté vient provoquer l’hilarité du vent. Il fait beau malgré la pluie. Il fait froid sans que cela paraisse insurmontable.
    Il fait souvent froid par ici.
    Il pleut, aussi.

    « Et vous, qu’est ce que vous faites ici ? Beaucoup trouveraient suspect de vous voir caché là. Non pas que ce soit un mauvais endroit, personne ne viendra jamais vous y chercher. Mais les autres touristes ont plutôt tendance à attendre que le jour se lève pour venir se faire peur ici. En plus d’être un piètre chasseur, vous devez être un piètre touriste ».

    Elle est immobile, ses pieds en équilibre sur le rocher. Autour d’elle, l’eau se déplace calmement, portée par la douceur du réveil. Non loin d’elle, il se dessine là, inconnu dans lequel elle vient finalement planter la mer de ses yeux.
    Allez savoir pourquoi elle reste plantée là.
    Allez savoir pourquoi elle ne disparaît pas.
    Allez savoir pourquoi.
    Peut-être parce qu’il dégage ce quelque chose de tellement différent qu’il viendrait presque dénouer les cordes de son ventre. Peut-être qu’un jour on croise seulement sur notre route des âmes qui nous paraissent suffisamment belles pour nous donner l’envie de nous laisser apprivoiser. Sasha l’enfant sauvage qui saute sur la rive, ses lèvres gercées tendues par un sourire. « Je dois y aller » qu’elle finit par dire. Il est temps de s’éteindre, il est temps de partir. Alors a nouveau elle pose son regard sur ce drôle de chasseur. Sur la pluie qui vient dessiner les contours colorés de son visage. Il est tout ce qu’elle n’est pas. S’il est la lune alors quelque part, elle doit cacher le soleil. Elle hésite à parler Sasha, ajouter quelque chose qui semblerait approprier, une parole juste, un au revoir satisfaisant. Mais elle ne le reverra sûrement jamais. Alors elle lève doucement les doigts. Il est temps pour elle de rejoindre les autres animaux.
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“ Invité ”
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Posté le Mer 31 Jan - 20:35

Dodo l'enfant do. Fille de l'air qui n'a pas les pieds sur terre.
Quelque part, Seth a pu le sentir venir.

Tout du long il avait rejeté les arabesques du bout des lèvres alors que sa friandise de cendres s'en allait rejoindre les crevasses. Au-dessus la canopée protège un peu du ciel qui s'acharne. Mais bon. Quand on est posté près de la rive, comme ça, on s'offre au monde entier, ça nous rend un peu vulnérable mais peut-être que c'est ça qu'il cherche. Ne rien cacher. C'est un chasseur qui devient une cible facile. S'il pouvait, il te proposerait même d'enfiler la lanière d'un fusil sur ton épaule, de lever la baïonnette vers lui, d'ajuster ton tir et de laisser la mort cracher son feu.
Avec un peu de chance, tu feras voler sa casquette loin de lui.

Si ça se trouve, Seth c'est vraiment le loup. Qui fait semblant, qui se cache sous la peau du mouton. Oui, on se dit pas ça quand on voit sa face un peu crasseuse, un peu sculptée par le temps qui a fait pleuvoir plus qu'un petit déluge sur ses épaules. On se dit plutôt Quel homme, il est prêt à tout. D'où vient-il ? On ne voit pas le début de la série d'empreintes à ses pieds. Que fera-t-il demain ? C'est le genre de personne qui ne veut pas savoir la couleur du ciel au matin et qui arrivera au soir quoiqu'il arrive. Ses pompes, elles en ont bouffé, des distances. Les lacés on les croirait incrustés dans la matière tellement ça parait solide et indélogeable. Même le poids qu'on entend quand il marche le vagabond, c'est fort. La plus grande question, c'est : Quand est-ce que tu t'arrêteras, Héros ?

Et il s'était mis dos à la créature de la forêt. Pas pour l'ignorer... On sait ce que ça fait quand quelqu'un vous regarde droit dans les yeux. Tout à coup on se sent obligé de répondre, de dire Oui, de hocher la tête, de se montrer. De s'exposer, peut-être. Seth c'est pas comme ça qu'il voit la chose. Tu viens le voir si tu veux, si tu le sens bien, si dans tes yeux son reflet n'a pas quelque chose d'effrayant. Et pour ça, j'avais que les mots. Mais voilà, on ne confie pas les artifices humains à un enfant animal : y a pas d'armes, pas de triche, pas de plomb à envoyer dans les côtes adverses. Y a que les yeux d'eau de la fille. Le sourire soleil et les joues roses rouges qui nourrissent l'imaginaire. Le genre de bouquet qu'on contemple sans toucher, qu'on écoute sans arrêter.

(Tu sais, rien ne t'oblige à retourner en cage)

L'animal accuse la présence humaine près du ruisseau, comme si ça avait quelque chose à voir avec la mort qui a déversé le carmin dans l'eau. C'est vrai que ça a un goût de macabre, se prélasser sous la pluie, près du courant qui a drainé des bouts de vie à quelqu'un. Sans que ça pose problème en fait. Seth, il est en permanence touché par l'effet de la mort kilométrique, même si ça s'est produit juste à côté de lui.

Elle pose une question mais finalement, Seth il sait que ça demande pas de réponse. Il laisse le dialogue fleuve se dérouler, sans interrompre jamais. Y avait que l'ébauche du sourire pour rehausser la courbe de ses lèvres, discret et attentif. Dans ses yeux de charbon il avait plongé dans le monde candide, écoutait l'enfant qui dansait sur les galets et lui rappelait combien on peut faire exprès d'être ignare. Un chasseur désarmé et un touriste qui ne se lève pas à la bonne heure. On se refait pas. Maintenant la fille de l'air elle s'envole, rejoint le royaume nuages pour gagner sur le trône blanc. Elle suit l'aval et le dragon d'eau, s'évade des pupilles de charbon avant de s'imprimer en un souvenir puissant.

Le jour est en train de poindre. On dirait que le ciel a séché ses larmes.

Dans l'ailleurs, le chasseur observait la biche qui disparaissait entre les frondaisons, pour retourner épouser la terre sûrement, alors qu'entre ses doigts la sensation d'une petite morsure déshabilla son visage de tout sourire. Des cendres. La gourmandise l'a consumé à son tour, traqueur raté.
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